Voir Ensemble a appris, comme tout un chacun, le décès d’une personne aveugle sur les voies du métro lyonnais, le 20 juin dernier.

Au-delà de l’émotion légitime qu’un drame de cette nature suscite toujours – et quelles qu’en soient la victime et les circonstances – il pose la question essentielle des raisons pour lesquelles de pareils faits se reproduisent à une fréquence inquiétante. Souvenons-nous, en effet, que le 30 décembre dernier, un drame similaire se produisait sur les voies du métro parisien.

Il est vrai que, dans un cas comme dans l’autre, nous ignorons, à cette heure, les circonstances exactes, y compris l’attitude des passants (passive, aidante ou dérangeante), ou encore la démarche (rapide ou non, équilibrée ou pas) des victimes. Peu importe ! Le pire est arrivé !

Dans les deux cas, d’après les informations relayées par les médias, la victime aurait mal interprété des signes extérieurs. À Lyon, c’étaient les bandes d’éveil au bord des quais que la victime n’aurait pas senties ou aurait mal interprétées. À Paris, la victime, confondant le métro d’en face avec celui qu’elle voulait prendre, aurait cherché une porte de la rame et serait tombé sur les voies avant d’être percutée par le train qu’elle désirait emprunter.

Dans les deux cas, certains ont mis en cause l’absence de portes palières sur les quais, propres à empêcher les chutes sur les voies. Ce serait effectivement la solution radicale, mais qui ne pourrait être mise en place sur tous les quais de France et de Navarre qu’à très long terme et, dès lors, après de trop nombreux faits de cette nature.

En réalité, cette situation pose la question inévitable de la formation des personnes aveugles et malvoyantes à se déplacer en sécurité et de manière autonome. Notre association en accompagne suffisamment au quotidien depuis bientôt cent ans, afin de leurs apprendre les règles essentielles.

Hélas, cette expérience que nous avons acquise nous conduit à constater, avec effroi, que le nombre d’instructeurs pour l’autonomie est drastiquement insuffisant, que les jeunes déficients visuels sont, pour certains, mal préparés à se déplacer quotidiennement et que, tant que les moyens ne seront pas consacrés à ce double objectif de la sécurité et de l’autonomie de la personne déficiente visuelle, de pareils drames se reproduiront.

Certes, les aides techniques ne manquent pas, et nous les portons comme favorisant le progrès et l’autonomie. Encore faut-il que les déficients visuels sachent les utiliser en toute sécurité et soient en mesure d’accorder leur confiance à un dispositif technique ou à un chien.

C’est pourquoi nous appelons vigoureusement au recrutement et à la revalorisation du métier d’instructeur pour l’autonomie, afin que tous, aveugles de naissance ou personnes ayant perdu la vue à un âge plus ou moins avancé, conservent une autonomie de déplacement à tous les stades de leur vie

Matthieu Juglar 

Président de l'Association Voir Ensemble